Relations sociales dans l’entreprise : bilan trois ans après la loi du 20/08/2008…

Écrit par Jean-Louis Birien le 26 janvier 2012. Posté dans Relations sociales

La loi du 20 août 2008* a donné un immense coup de pied dans une fourmilière : tout est à construire.  La copie du passé est impossible. Mais trop de lois et de décrets votés et signés rapidement sans concertation entraînent une jurisprudence qui comble les flous et  parfois laisse perplexe…Ainsi, le délégué syndical (DS) doit faire la preuve de sa représentativité personnelle en obtenant 10 % des suffrages au premier tour des élections, mais le délégué syndical central (dans une  entreprise de 2000 salariés et plus) qui négocie pour toute la société peut être désigné sans cette contrainte (Cass. soc., 16/11/2011).

Quant au management, malgré la formation développée et les conseils donnés, agents de maîtrise et cadres -pour des raisons de rentabilité immédiate, de diminution d’effectifs, de ratios de productivité à atteindre-  se consacrent plus à produire ou à remplacer  un absent qu’à manager leur équipe. Dans les organisations multi-matricielles, chaque individu dépend de plusieurs directions  fonctionnelles avec des objectifs différents, reçoit des directives opposées en direct grâce à la multiplication des moyens de communication. Incapable de fixer ses priorités, il frôle le burn-out tandis qu’aucun dirigeant ne prend conscience qu’il contribue à la création d’une structure harcelante !
Les jeunes, a-motivés par la multiplication des CDD ou d’intérims, aussi éloignés des syndicats que des mouvements politiques, expriment leur mécontentement par des pointes d’absentéisme ou le développement du présentéisme… Mais une injustice, un ras-le-bol ou une journée ensoleillée peut les faire exploser dans une coordination que les délégués sont incapables d’encadrer et qu’au mieux ils essaient de récupérer. Les syndicats deviennent des régulateurs des relations sociales. DRH et syndicalistes devenus des professionnels de la négociation abandonnent  le terrain tandis que les managers pensent que la gestion des relations sociales est le domaine de la direction. Danger : si dirigeants et délégués syndicaux  ne descendent pas de la tour d’ivoire où ils négocient leurs multiples accords, l’espace vide sera occupé ! (revoir Le fond de l’air est rouge de Chris Marker, 1977).

la modernisation du dialogue social viendra du terrain et non des lois et des élections

La réforme du dialogue social ne passera que par la volonté des responsables. Aucune loi, aucun accord ne remplace un management défaillant, le bon accord est l’accord que le management est capable d’appliquer.
Aujourd’hui dans l’entreprise on parle droit du travail, de relations avec les partenaires sociaux, on pense management et on sous-traite beaucoup y compris dans le domaine RH. N’oublions pas que la gestion des relations sociales doit être le domaine de tous les managers. Un peu de temps pour réfléchir avec ceux qui vont appliquer le futur accord fait gagner beaucoup de temps dans la négociation et encore plus dans son application.
Trois ans après la publication de la loi, une certitude : les solutions du passé ne sont plus applicables, la modernisation du dialogue social viendra du terrain et non des lois et des élections. Directions et syndicats doivent se rappeler les « basics» du management et du militantisme : la présence sur le terrain, l’écoute et la résolution des vrais problèmes ; les financiers doivent prendre conscience que les négociations, en particulier sur l’aménagement du temps de travail, sur l’organisation et les conditions de travail, sont devenues des éléments essentiels de la rentabilité et de la qualité.


* Loi n° 2008-789 du 20 août 2008 portant rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail.

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